Popnews Interview



Mai 2001


Un canapé, un bureau, deux ou trois chaises et un microphone capricieux. Les bons accessoires pour rencontrer en toute simplicité les Kings Of Convenience en cet après-midi pluvieuse d’Avril dans les locaux de Source. Heureusement, Eirik et Erlend sont des types compréhensifs et parviennent même à réparer le problème. L’interview peut enfin démarrer.


Vous avez très rapidement été nommés les “leaders de la nouvelle scène acoustique” au même titre que des groupes comme Turin Brake ou I Am Kloot. Que pensez-vous de ce statut ?

Erlend : on est juste un des nouveaux groupes du moment. Un de ceux qui font de la musique acoustique. Nous ne sommes pas des leaders, je crois plutôt que tous ces groupes sont des leaders. Par ailleurs, j’aime beaucoup I Am Kloot.
Eirik : c’est un truc inventé par le NME...

La sempiternelle comparaison avec Simon And Garfunkel vous honore ou pas ?

Eirik : c’est une comparaison très évidente. Nous sommes juste agacés, pas insultés ni embarrassés mais agacés.
Erlend : je pense que si une fille avait écouté seulement du Simon And Garfunkel et décidait de faire un disque, personne ne dirait que ce qu’elle fait ressemble à du Simon And Garfunkel mais plutôt à du Suzanne Vega. Mais rien que parce que nous sommes deux garçons, avec des voix basses et qui jouent de la guitare acoustique, nous sommes comparés à Simon And Garfunkel. Mais jouer de la guitare acoustique est une tradition très ancienne. S’asseoir, chanter avec un ami. Mais la plupart du temps, les deux amis demeurent inconnus.

Quels groupes ont une influence sur vous ?

Eirik : je n’ai jamais été influencé par la musique. La musique ne m’influence pas pour faire de la musique. Je suis influencé par autre chose. La musique est certainement la seule expérience dans ma vie, mais elle ne me donne pas envie de faire de la musique.

Alors d’où tirez-vous vos influences : du cinéma, de la littérature... ?

Eirik : de toute sorte d’expériences. Des expériences de la vie de tous le jours. Ma copine est aussi une grande source d’inspiration pour faire de la musique !

Que diriez-vous aux personnes qui vous reprocheraient d’être trop doux ?

Eirik : on est certainement l’un des groupes les plus calmes, doux du moment, et les gens qui aiment les groupes bruyants ne nous aiment certainement pas. Mais ca ne m’inquiète pas, ils ne sont pas obligés de nous apprécier.

Dans la chanson “Failure”, vous chantez “failure is always the best way to learn” (l’échec est la meilleure façon d’apprendre). Qu’auriez-vous fait si votre musique n’avait pas rencontré le succès qu’elle a actuellement ?

Eirik : j’étudierais la psychologie et Erlend serait dans un groupe de rock, essayant de devenir célèbre...
Erlend : non, je serais un fabricant de drapeaux...

Ah bon ? Pourquoi ?

Erlend : je pense que les drapeaux sont vraiment magnifiques. J’aurais 50 personnes travaillant sous mes ordres, j’aurais ma propre fabrique de drapeaux et je serais reconnu pour leur qualité. Je serais interviewé par CNN et les Nations Unies me demanderaient de fabriquer des drapeaux. Et une nouvelle nation serait créée, et on me demanderait de choisir les meilleures matières et les meilleures couleurs pour réaliser son drapeau.

 

(Mal)heureusement, Erlend n’est pas fabricant de drapeaux et Eirik n’est pas étudiant en psychologie, mais vous êtes célèbres grâce à votre musique. Comment le vivez-vous ?

Eirik : en fait c’est tout juste le début, donc je suis satisfait de ne pas être encore trop célèbre pour le moment. Quand vous devenez une popstar, vous devez abandonner votre vie, et la passer à rester dans des chambres d’hôtels. Je pense que c’est très monotone.
Erlend : avez-vous déjà entendu cette chanson de Britney Spears intitulée “Lucky” (NDLR : oui, à l’insu de mon plein gré) ? (il commence à chanter le refrain) : “she's so lucky, she's a star, but she cry, cry, cries in her lonely heart, thinking if there's nothing missing in my life then why do these tears come at night...”

Comment êtes-vous arrivé à composer une chanson en français (“Parr-A-Pluie”) ?

Eirik : un jour Erlend avait composé un petit truc à la guitare et nous avions trouvé que cela sonnait très “français”. Alors on a utilisé tous les mots que nous connaissions en français pour faire les paroles et voilà...

Qu’est-ce que vous connaissez de la musique française ?

Erlend : pas grand chose. Air, Serge Gainsbourg, F.F.F... Fédération Française de Funk... Je me souviens qu’ils ont joué à Bergen, et je les ai rencontrés. Il avait l’air si étrange (et étrangers) en Norvège ! Ils étaient très sympas, très cool...

Vous avez cité Serge Gainsbourg, j’ai entendu dire que vous aviez travaillé avec David Whitaker (qui fut producteur pour Gainsbourg) ?

Eirik : je ne suis pas certain qu’il ait fait beaucoup avec Serge Gainsbourg. Je n’ai jamais vu son nom nulle part. David a réalisé la partie cordes pour notre single “Toxic Girl”... C’était bien de travailler avec lui.

Vous avez joué au mois d’avril au Café de la Danse à Paris. Votre musique est plutôt intime et douce, est-il facile de jouer devant 300 personnes ?

Erlend : on a joué devant 1200 personnes à Londres récemment. Mais je crois que 600 est le nombre parfait. Je ne ressens aucun problème à jouer devant beaucoup de gens. Être sur scène est avant tout une récompense pour des musiciens...
Eirik : oui, c’est très gratifiant... et fatiguant aussi ! Parce que vous donnez beaucoup et vous utilisez énormément d’énergie. Mais on aime vraiment jouer en public, voir les gens. Obtenir un vrai feed-back.

Pourquoi avez-vous choisi de faire une reprise de A-ha (“Manhattan Skyline”)?

Eirik : parce que c’est un groupe Norvégien que nous apprécions tout particulièrement. Et que nous voulions faire quelque chose de différent.

Jouerez-vous dans des festivals cet été ?

Erlend : je ne pense pas. Faire un festival ne serait pas une idée très lumineuse. Jouer pour seulement une demie-heure entre deux groupes bruyants ne serait pas très futé. Mais aller à un festival cet été, juste pour s’amuser, serait une brillante idée!

Quel serait votre futur idéal ?

Erlend et Eirik : la paix sur terre !

Euh... je voulais dire... pour votre groupe ?

Erlend et Eirik : la paix sur terre !!
Eirik : ...nous voulons juste continuer à composer de bonnes chansons, et ne pas devenir trop célèbre... Ca pourrait être un futur sympa pour nous.

propos recueillis par Etienne
Merci à Yann-Claude.