Popnews Interview

septembre 2004 - interview

KINGS OF CONVENIENCE

En 2001, les Kings of Convenience sortaient leur premier disque, "Quiet is the New Loud", qui révélait le son étrange et élégant produit par deux jeunes norvégiens apparemment déterminés à devenir les Simon et Garfunkel du nouveau millénaire, avec leurs gentilles chansons acoustiques et douces harmonies vocales. Depuis, Erlend Oye s'est affirmé comme un séduisant compositeur de comptines électroniques tandis que Erik Gamber Boe retournait à ses études de psychologie. Le nouvel album, "Riot on a Empty Street", suit la même voie (ou voix) royale. Rencontre avec les deux hommes, l'agité Erlend et l'imperturbable Erik, lors d'un bel après-midi parisien.

Qu'est-ce qui a changé dans votre façon de travailler depuis le premier album ?
Erik : Nous sommes plus expérimentés que pour l'enregistrement du premier album. Nous savons un peu plus comment enregistrer nos guitares et nos voix. On ne s'est pas fixé de limites dans le choix des instruments ?. En fait, on a utilisé tous les instruments qui traînaient dans le studio. Après l'enregistrement du premier album, "Quiet is the New Loud", j'ai voulu faire une pause pendant 3 mois. J'étais fatigué d'être en studio. Cette fois-ci, j'avais envie d'y retourner la semaine suivante et de démarrer un nouvel album. Je me suis plus amusé sur ce disque.

Après le succès du premier album, vous auriez pu travailler avec des grands noms mais vous avez décidé de rester en équipe réduite. Etait-ce un choix ?
Erik : Sur le premier album, on a travaillé avec Ken Nelson, le producteur de Coldplay et Badly Drawn Boy. On a adoré travailler avec lui mais il habite à Liverpool et nous voulions enregistrer notre album en Norvège. Il avait finalement trouvé un créneau pour venir mais il devait finir le prochain album de Coldplay et nous ne pouvions pas attendre. Alors, on a travaillé avec un producteur norvégien qui s'est révélé aussi bon que n'importe quel producteur célèbre.
Erlend : En studio, tu as juste besoin d'une autre personne, de son opinion, de quelqu'un pour te répondre. Ca peut être n'importe qui. Entendre l'opinion de quelqu'un t'aide à savoir ce que tu veux faire.

"Riot on a Empty Street" est vraiment dans la continuité du premier album, comme si rien n'avait changé depuis trois ans, comme si vous n'aviez reçu aucune influence...
Erik : Je ne dis jamais que la musique des autres influence ma musique. Car mon inspiration ne vient pas de l'écoute d'autres musiques. En revanche, nos expériences de la vie quotidienne ont une influence sur notre art. Ce qui s'est passé dans nos vies depuis trois ans se ressent dans notre musique. Je ne pourrais pas dire exactement de quoi il s'agit mais nous écrivons des chansons sur nos expériences de vie.
Erlend : Si on parle en termes de production, de son, je dirais que le disque est vraiment dans la lignée du premier, et cela a toujours été prévu. On n'a jamais eu l'impression d'en avoir fini avec le son du premier album. Il y avait encore des choses à explorer, on n'avait pas besoin d'un cadre plus large. Par exemple, on a utilisé une basse cette fois-ci mais on aurait pu le faire sur le précédent. Ca paraissait naturel de s'ouvrir un peu.

Pourquoi choisir "Misread" comme premier single ? Ce n'était pas forcément le morceau le plus évident de l'album...
Erik : Je pense que c'est un bon choix car il est représentatif de l'album. alors qu'une chanson plus immédiate comme "I'd rather dance with you" est un morceau un peu à part.
Erlend : Pour présenter ce disque, il faut dire aux gens qui ont acheté le premier album qu'il s'agit plus ou moins de la même chose et que si vous avez aimé, vous devriez continuer. Le deuxième single est pour les gens qui pensent "ok, je connais ce groupe, ils sont comme ci, comme ci, comme ca". Et vous essayez de les étonner. Au début, il vaut mieux s'appuyer sur des bases déjà établies. J'aime bien un groupe comme Stereolab, qui enregistre le même disque chaque année (rires). Récemment, ils ont sorti des disques différents et ça ne m'intéresse plus.

Vos styles de vie sont opposés. Je voulais savoir ce que chacun envie dans la vie de l'autre, d'abord Erlend...
Erlend : Faire souvent l'amour ! Une jolie maison.
Erik : J'envie le fait de sortir avec une fille différente alors qu'on vient de débarquer dans une nouvelle ville. Nous donnons un concert, puis il rencontre une fille et sort avec elle.

Avez-vous pensé à donner une texture plus électronique à cet album, étant donné le travail solo de Erlend ?
Erik : Je pense que cela aurait été une mauvaise idée d'enregistrer un album électronique.
Erlend : C'aurait pu être bien mais pas du genre "guitares acoustiques et un peu de synthétiseur". Pour moi, si tu choisis l'acoustique, tu dois t'y tenir. Seule une chanson comme "Love is no big truth" a un léger parfum électronique. Mais un de mes amis m'a dit que ça sonnait parfois comme de l'electronica expérimentale, en termes d'espace.
Erik : Nous nous intéressons à la musique électronique, nous en écoutons beaucoup, ce n'est pas comme si nous vivions dans un autre monde. Une idée fondatrice de notre groupe est de faire de la musique avec des instruments en bois. Je suis très heureux de ce que nous avons accompli et je n'ai pas envie de changer de type de son. Je ne suis pas heureux de tout ce que nous faisons mais juste de notre son, de nos voix et de nos guitares.

Comment marche le duo, qui amène les idées en premier ?
Erik : Nous avons des idées tous les deux, il a un cerveau, j'ai un cerveau (rires). Et puis on se voit, on confronte nos idées et la plupart du temps, on se dit que c'est nul. Des fois, on aime ce que l'autre amène et on finit la chanson ensemble.
Erlend : Cela dépend, certaines chansons viennent d'une jam ensemble, une chanson comme "Misread" vient d'une jam puis c'est Erik qui a trouvé le moyen de la concrétiser.

Deux chansons datent de 1998, dont "Homesick". Pourquoi choisir de les garder sur le nouveau disque ?
Erik : On aime à penser que notre musique est intemporelle. Une chanson qui a cinq ou six ans n'est donc pas démodée. Je ne pense pas que les gens sont capables de voir la différence entre une chanson de 1998 et une autre de 2003.
Erlend : Quand nous terminons une chanson, que nous sommes heureux avec les paroles, elle sortira forcément quelque part. Nous ne finissons pas une chanson en se disant ensuite que ce n'est pas terrible car notre processus de travaille est difficile. C'était tellement dur d'accoucher de ces chansons. Si ces anciens morceaux se trouvent sur le nouvel album, c'est que nous n'en avions pas fini avec eux. Au bout du compte, nous avons toujours douze chansons. C'est ce qui est encore arrivé cette fois-ci, nous avons deux titres qui ne se retrouvent pas sur l'album. Et c'est parce que nous n'avons pas trouvé la forme adéquate. Donc on les laisse jusqu'au prochain disque.

Erik n'est pas que musicien, il est aussi thérapeute. Est-ce que cela a une influence sur votre musique ?
Erik : Revenir à mes études de psychologie était un moyen de s'échapper de l'aspect professionnel de la musique, que je trouve mauvais pour ma créativité. Être un musicien à plein temps, voyageant d'un pays à l'autre, ne m'aide pas dans mon inspiration. Revenir à ma vie ordinaire m'a permis d'écrire des chansons à nouveau. Mon travail de thérapeute est incroyablement différent de celui de musicien. C'est un autre monde, et c'est ce que je trouve intéressant. Ca me permet d'avoir des expériences différentes.

Dirais-tu qu'Erlend est schizophrène, entre ses expériences solos et la musique avec Kings of Convenience ?
Erik : Oui, il est un peu schizophrène. Il pense être un schizophrène, plus qu'il ne l'est vraiment. Sa musique électronique est dans la continuité de ce qu'il fait avec moi. Pour le public, il l'est peut-être car d'un côté il fait partie de Kings of Convenience et de l'autre, il est un artiste électronique. Mais sa façon de composer est plus ou moins la même. Je dirais que si nous devions faire l'opposé de Kings of Convenience, nous ne ferions pas de la musique électronique. Je pensais que c'était ce que Erlend voudrait faire, d'ailleurs.
Erlend : Non, je voulais juste faire de la musique, mon pote. Faire des trucs concrets, voir le monde, c'était la seule façon de le faire. Tu voulais juste rester à la maison avec ta maman !

Propos recueillis par Marc Arlin