Magic ! Revue Pop Moderne Article

Les rois

du (ré)confort

Depuis le Mixed Up de The Cure en 1989, la pop moderne a appris à compter avec les albums de remixes, rarement pour le meilleur, trop souvent pour le pire. Le Versus de KINGS OF CONVENIENCE redonne foi dans ce genre forcément bâtard en soumettant, moins d’un an après leur révélation, les chansons boisées de Quiet Is The New Loud aux joies de l’électronique. Retour sur cet « exploit » avec quelques-uns des intervenants pour mieux comprendre à quoi tient une telle réussite.

Interviews Nicolas Plommée / Photos Olivier De Banes


ON LE SAIT DEPUIS BELLE LURETTE : le concept d’album de remixes donne le plus souvent naissance à des œuvres indigentes et dispensables, dont le seul but est de renflouer quelque peu le compte ne banque de l’artiste « relifté ». Mais on sait aussi, depuis que l’on a fait la connaissance d’Erlend Øye et Eirik Glambek Bøe, que Kings Of Convenience n’est pas vraiment un groupe comme les autres et qu’il porte surtout à ses chansons trop d’amour pour les laisser se faire vilainement égratigner. Cela dit, Versus n’est pas qu’un disque de remixes. On y trouve ne effet le morceau Gold For The Price Of Silver – excellente collaboration entre le duo et le défunt Erot auparavant disponible sur la seule compilation Tellé Records -, la variante de Toxic Girl agrémentée des arrangements de cordes signés David Whitaker, une version alternative de Failure, morceau également repris ici par les Mancuniens d’Alfie, et un remake de Leaning Against The Wall, œuvre de Evil Tordivel. Cependant, quatre des remixeurs – Röyksopp, Ladytron, Riton et Bamboo Soul – ont répondu à cinq questions types pour que l’on essaye de mieux comprendre l’excellence de Versus, due à une adéquation entre des morceaux aucunement destinés à être retravaillés – et donc d’autant plus intéressants -, combinée à un certain discernement dans le choix des participants. Est-ce à dire qu’il est plus facile de remixer un bon album qu’un mauvais, surtout lorsque ses responsables s’intéressent à d’autres musiques que la leur ? Il n’y a qu’un pas…

QUESTIONS

1_Connaissiez-vous la musique de Kings Of Convenience ? Si oui, comment l’avez-vous découverte ?
2_Avez-vous écouté Versus ? Si oui, quel est, hormis votre contribution, votre titre préféré ?
3_Pourquoi avez-vous choisi tel morceau plutôt qu’un autre ?
4_Que vous inspire la prolifération des albums de remixes ? Quelle est votre définition d’un bon remix ?
5_Qui aimeriez-vous particulièrement remixer ? Et par qui accepteriez-vous de vous faire remixer ?

RŌYKSOPP
Cet autre duo norvégien pourrait bien être la révélation de l’année, grace à l’électro mutine et ludique d’un premier album réjouissant, Melody A.M.
1_Nous avons connu Kings Of Convenience par l’intermédiaire de Mikal Tellé, le boss de Tellé Records, le premier label où nous ayons sorti un disque, le single So Easy. Et comme Bergen n’est pas une très grande ville, nous croisions leur chemin assez régulièrement. Ensuite, Erlend a tenu à participer à notre album, il était donc juste qu’en retour nous participions à Versus.
2_Oui, et nous aimons particulièrement le remix de Four Tet, comme sa musique en général.
3_Nous avons choisi notre morceau préféré, I Don’t Know What I Can Save You From, et essayé de le respecter pour ne pas perdre ce qui nous plaisait tout en y ajoutant notre patte.
4_Nous n’avons pas de point de vue particulier sur les albums de remixes. Sur notre prochain single, Poor Leno (ndlr : chanté par Erlend), il y en a un que nous avons réalisé nous-même : nous sommes donc bien placés pour comprendre l’attrait que peut susciter un remix plus dansant pour le public ! Même si je ne suis pas sûr que ce soit le but recherché avec un album de remixes de Kings Of Convenience.
5_Def Leppard ! Non, sérieusement, tout ce qui est différent de notre musique, sinon à quoi bon ? C’est pourquoi notre remix de Kings Of Convenience était quelque chose d’intéressant à faire. Aucun remixeur ne nous fait particulièrement envie, mais nous rêvons plutôt qu’un orchestre symphonique reprenne notre musique. Ce serait une forme de consécration.

LADYTRON
Ce quatuor basé à Liverpool qui adore les vieux synthés s’est d’abord signalé en participant au singles-club Tricatel avec He Took Her To A Movie, avant de sortir au printemps dernier un premier album intitulé 604.

1_Nous avons rencontré Erlend à Liverpool, alors que Kings Of Convenience enregistrait une partie de Quiet Is The New Loud. Le groupe y est resté en studio pendant six semaines, et Erlend avait pris l’habitude de venir dans le club où Daniel (ndlr : leader de Ladytron) est Dj. Ils ont donc tout naturellement sympathisé.
2_Oui, mais nous n’en avons retenu aucun particulièrement. Si, peut-être celui de Riton.
3_Nous avons juste pensé que Little Kids, parmi les quatre ou cinq titres qui étaient susceptibles d’être remixés, était le plus pop : il s’en dégageait quelque chose de différent par rapport au reste de l’album originel. Daniel a tout de suite su, après en avoir écoutés quelques mesures, ce qu’il voulait en faire.
4_Tout dépend de la qualité des remixes ! Simplement, de telles chansons acoustiques sont finalement une meilleure matière première à remixes que n’importe quelle musique électronique instrumentale. Nous n’aimons pas trop les remixes, au sens traditionnel du terme. En général nous préférons garder la voix, la mélodie et composer une nouvelle musique, tout en gardant intacte, dans la mesure du possible, la structure du morceau de base. Pour parler de ce que nous connaissons, les remixes de He Took Her To A Movie par Bertrand Burgalat ou de Playgirl par Simian nous ont plu parce que l’auditeur a plus l’impression d’entendre un groupe live qu’une version destinée aux clubs. Cela dit, quand c’est Felix Da Housecat qui s’y colle pour Playgirl, nous sommes les premiers sur le dancefloor !
5_Nous aimerions remixer Lil’ Kim ou quelqu’un dans ce genre-là, pour prouver que le son de Ladytron peut être efficace dans les charts. Quitte à se faire remixer, nous préférerions le demander à des personnalités extérieures au monde de la musique : un présentateur télé, un homme politique ou un sportif ! 

RITON
Henry Smithson partage son temps entre son projet solo Riton (Grand Central) et le duo Black Lodge (Mo’Wax). Il trouve néanmoins les ressources pour s’occuper de sa propre structure, Switch Recordings (Bamboo Soul…).

1_Une personne du label Source m’a contacté pour que Bamboo Soul et moi-même fassions un remix chacun. J’ai bien sûr réécouté l’album, mais je l’avais déjà entendu, je savais de quel genre de musique il s’agissait et aussi qu’un des deux membres du groupe avait habité Manchester.
2_Non, à part la version de I Don’t Know What I Can Save You From par Röyksopp qui est sortie en maxi, je n’ai rien entendu, même pas celui réalisé par Bamboo Soul : ils l’ont directement envoyé au label sans que j’aie pu jeter une oreille.
3_Parce qu’il ne restait que The Girl From Back Then de disponible ! Mais tout l’album m’avait plu, sans qu’aucun morceau ne se dégage particulièrement de l’ensemble, c’était donc aussi bien comme ça.
4_Je pense que Versus est un album de remixes plus élaboré que d’autres. Rien que la liste des gens impliqués, Röyksopp, Andy Votel ou Alfie, m’a donné envie de participer, cela en fait donc un projet à part. Et ce n’est pas moi qui ai avancé le nom de Bamboo Soul, mais le label, alors que le groupe est encore inconnu !
5_Je n’ai aucun fantasme en matière de remix, je suis ouvert à toute proposition, pour peu qu’elle soit intéressante. Bizarrement, il aura fallu que j’attende le single Hungry Ghost pour être remixé par mon patron Mark Rae. Sur le prochain, je le serai notamment par Bamboo Soul et Phil Parnell, un ami d’Herbert, qui est le genre d’artiste dont je suis régulièrement l’évolution à travers sa musique et son label Lifelike.

BAMBOO SOUL
Ce jeune groupe a trouvé refuge sur Switch Recordings pour y développer un mélange de pop, folk et…world.

1_Nous ne les connaissions pas avant d’être sollicités pour remixer Leaning Against The Wall. Nous avons donc pris le temps d’écouter Quiet Is The New Loud, que nous avons vraiment beaucoup aimé.
2_ Non, malheureusement. Nous n’avons écouté aucun remix, même pas celui de Riton !
3_Nous avons déjà apprécié les deux voix qui se répondent, et il n’y avait aucune batterie, ce qui nous a incités à en programmer une. Mais la raison majeure, c’était que les différents éléments sur ce morceau sont très épars, une condition sine qua non pour travailler avec notre vieux sampleur.
4_Nous ne pensons pas forcément que ce soit une mauvaise chose. Cela peut rassembler des artistes dans différents styles en créant les conditions idéales pour quelques croisements inattendus. Les mélanges sont en général une bonne chose, mais en même temps, il est rare que nous préférions le remix à l’original, donc… Selon nous, un bon remix marie les caractéristiques musicales de l’artiste remixé e celle du remixeur, sans en léser aucun. Mais nous devons être assez idéalistes.
5_Nous apprécions tout ce que fait Ninja Tune, et l’on aimerait bien remixer l’un des artistes de ce label. Mais, d’un autre côté, nous attaquer à G Love, Nitin Sawhney ou même Tom Waits nous plairait tout autant. Le top pour se faire remixer serait Dj Shadow, et juste après, Dan The Automator. Plus raisonnablement, par Richard Dorfmeister ou Zero 7, ce serait déjà formidable !